Je venais d’être nommé inspecteur et je me réjouissais d’avance des missions à venir. Jusque là, j’étais chargé de filer des mac minables et j’en avais assez. C’est usant les filatures.
Je me souviens, c’était un 4 avril — je ne peux pas oublier, c’est le jour de mon anniversaire — mon patron m’a appelé pour me mettre sur l’affaire d’un crime commis la nuit même. Une fille d’Eddie Hant avait été refroidie dans un hôtel. Je me suis rendu sur les lieux, dans le centre ville. L’hôtel était juste en face du cinéma Moon Palace où j’allais parfois voir un film les soirs de grande solitude. Depuis que mon épouse m’avait quitté, il ne me restait plus que le cinéma ou la bouteille pour faire passer le temps en dehors du boulot.
La fille était couchée en travers du lit, sur le ventre. Il y avait du sang partout. Elle était nue. A part cela, la chambre était nickel. Rien ne semblait avoir été déplacé. Le type qui avait fait cela avait veillé à ne rien laisser, juste le corps de cette pauvre fille. Je la reconnus de suite, même de dos, grâce à sa belle chevelure rousse. Je discutais parfois avec elle quand je traînais dans le quartier.
Je la mis sur le dos et ce fut le choc. Deux trous vides et ensanglantés me regardaient. Le type l’avait énucléée. Bon Dieu, qui pouvait faire ça ?
Il était temps d’avoir une conversation avec Eddie entre quat’z’yeux.
****
Pour lire toute l'histoire de Café Négro, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Fiction hypermédiatique à 10 mains où s'entrecroisent les destins de Boris Platine, Jimmy Jones, l'écrivain et Dounia Summers dans l'antre de Kaosopolis et de ses ramifications
Aucun message portant le libellé cinéma. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé cinéma. Afficher tous les messages
vendredi 7 octobre 2011
samedi 13 août 2011
Pourrir est un luxe
Pourrir est un luxe qu’on ne peut se payer indéfiniment, à Kaosopolis.
Dounia flottait depuis longtemps. Impression étrange de se tenir en bordure du réel. Tout était donc vrai. Cette injection que lui avait faite le chicanos de la 54e, quelques jours avant qu’elle ne crève. Cette injection pas nette, pas comme d’habitude. De la merde coupée avec du solvant, elle avait pensé. Dunia nunca mueren, Dunia no se pudre, avait marmonné le chicanos en léchant l’avant-bras tuméfié du travelo.
Le jour d’ensuite, tout c’était passé très vite. Douleur vive. Le corps inerte. Les tripes éparses. Les heures qui passent. Les pleurs. Les cortèges souterrains, les prosternations. Dounia enfermée, comme contenue dans son corps inerte. Un engourdissement. Les mouches. L’humidité. Le froid. Une enfant qui pleure. Rex. Jones. Le lapin. La merde, quoi.
Un an s’était écoulé, la ville entière la croyant morte. Elle y aurait sans doute cru aussi, à sa propre mort, si ce n’était des paroles du chicanos, qui résonnaient dans son esprit Dunia no se pudre, transmigración del espíritu.
Dounia flottait depuis trop longtemps. Le temps était venu pour elle de reprendre du service.
****
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Dounia flottait depuis longtemps. Impression étrange de se tenir en bordure du réel. Tout était donc vrai. Cette injection que lui avait faite le chicanos de la 54e, quelques jours avant qu’elle ne crève. Cette injection pas nette, pas comme d’habitude. De la merde coupée avec du solvant, elle avait pensé. Dunia nunca mueren, Dunia no se pudre, avait marmonné le chicanos en léchant l’avant-bras tuméfié du travelo.
Le jour d’ensuite, tout c’était passé très vite. Douleur vive. Le corps inerte. Les tripes éparses. Les heures qui passent. Les pleurs. Les cortèges souterrains, les prosternations. Dounia enfermée, comme contenue dans son corps inerte. Un engourdissement. Les mouches. L’humidité. Le froid. Une enfant qui pleure. Rex. Jones. Le lapin. La merde, quoi.
Un an s’était écoulé, la ville entière la croyant morte. Elle y aurait sans doute cru aussi, à sa propre mort, si ce n’était des paroles du chicanos, qui résonnaient dans son esprit Dunia no se pudre, transmigración del espíritu.
Dounia flottait depuis trop longtemps. Le temps était venu pour elle de reprendre du service.
****
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
cinéma,
cinéma moon palace,
Dounia Summers
samedi 5 février 2011
Hommage à Zavack
Nicolas Ardberg rasait les murs de l’Inside City. Il portait la barbe longue depuis cinq mois déjà mais préférait garder son crâne dégarni: il le rasait tous les matins.
Ardberg devait passer au Cinéma Moon Palace, question de régler ses comptes avec Dounia. Il ne savait pas qu’elle pissait le sang depuis longtemps, qu’elle hantait tour à tour les projectionnistes qui tentaient d’y exercer leur métier, si on puis encore qualifier cette perte de temps ainsi.
C’est Jimmy Jones qui lui avait passé un coup de fil.
– Osti de chien sale, amène ton cul au QG, Wang te cherche, dit Jones.
– Qui? répond Ardberg.
– Qui? répond Ardberg.
Jones raccrocha avant qu’Ardberg n’obtienne de réponse.
Jones l’avait déjà convoqué dans des endroits glauques où plus personne ne voulait aller. Seul un taré comme Ardberg l’écoutait encore.
Ardberg, dont les vêtements n’étaient que loques depuis la révolution des perruques bleues, savait un peu ce qu’il allait faire en rendant visite à Dounia: il la sodomiserait avec une bouteille de Jack Daniels. Pour le reste, il improviserait.
Il fut surpris de ne trouver personne au cinéma. Seul un lapin en peluche traînait en bas de l’escalier qui menait à la première salle, là où les films de Bogart jouaient en boucle. Avant de poursuivre, il attrapa une barre de fer crochue, barre qui devait permettre au commis de la billetterie de bien verrouiller la porte avant de quitter. Visiblement, ce soir, le commis s’en battait les couilles.
Ardberg écorchait les murs avec la barre, produisant de belles étincelles, ce qui lui fit penser à la foire ambulante qui s’arrêtait dans son village, Kaosopolis-Sud, durant l’été. Le cri continue qui en résultait se répercutait entre les murs du couloir, lequel menait au sous-sol.
Dans l’obscurité, Ardberg ne sut pas reconnaître les traces de sang qui arpentaient le sol. Il crut simplement à un dégât quelconque. Plus il s’enfonçait dans l’obscurité, plus il sentait une présence étrange, mais familière. Le point de fuite du corridor ne lui offrait rien de reconnaissable, seulement des ombres grises sur un fond noir.
Puis, il réussit à déceler une forme qui semblait accroupie, à califourchon. Au grincement de la barre de fer s’ajoutait un certain grognement, un grognement distant et lourd que seule une ouïe aiguisée savait entendre. La forme qu’Ardberg voyait au loin se précisait. C’était un homme, ou une femme. Ses vêtements étaient clairs. Plus il s’approchait, plus ses vêtements semblaient pâles, sans éclat.
Le grognement si faible grossissait en intensité. Il semblait maintenant que la silhouette n’était pas seule. Ardberg voyait les jambes d’une autre personne, la silhouette étant accroupie entre ces jambes. Ardberg ralentit et tenta de percer l’obscurité mais n’y parvint pas. Puis, il se mit en angle, à quarante-cinq degrés, pour mieux voir cette deuxième silhouette. De par sa poitrine généreuse, Ardberg déduisit qu’il s’agissait d’une femme.
Arrivé à moins de dix mètres, la scène était plus claire. Un homme était accroupie entre les jambes d’une femme et émettait des râles à mi-chemin entre le rut et l’effort sportif. Ardberg, dont la curiosité n’avait d’égal que son goût naturel pour le sordide, s’approcha sans faire de bruit pour mieux apprécier cette scène. Mais ce qu’il vit par la suite le surpris, puis le dégoûta. L’homme fouillait le ventre de la femme avec sa bouche. Il regarda Ardberg, la bouche ensanglantée, ses yeux bridés étaient révulsés vers l’intérieur de son crâne. Il souriait.
C’était Wang.
La femme, qui n’en était pas une, souriait aussi, les yeux grands ouverts, fixes, et dit à Ardberg. «Viens».
C’était Dounia.
Libellés :
boris,
Charly Wang,
cinéma,
jimmy,
Nicolas Ardbeg
vendredi 14 mai 2010
9. Le bunker
Pendant que la Reine nègre rage sur un divan pourri derrière le grand écran du Moon Palace, Olivia cherche à transpercer le paroi de la piscine avec son canif suisse. Transie jusqu'au bout des doigts, elle sent une pression sous ses aisselles et du même coup, son corps s'élève, elle voit ses pieds émerger de l'eau. Elle se secoue, relève la tête.
Boris la tient à bout de bras, l'air maussade.
- Je t'avais dit que c'était glissant.
- Faisait trop noir. J'ai pas vu la marche.
- Faut faire plus attention. Une chance que j'avais installé la piscine.
La piscine en plastique tient en équilibre sur deux bordures de ciment parallèles assez larges pour une personne. Dessous s'écoule un filet d'eau brumeuse qui serpente dans un canal où s'entassent les décombres de la 3e révolution.
Que sont devenus mes amis mercenaires, les vieux potes de l'inside city: Jimmy Jones, le paperback-poète et Charly Wang, représentant du premier arrondissement de N de Lay? À quoi rime cette mascarade? Pourquoi jouer la carte des civilisés? Il faut se replier, combattre, descendre dans les égouts, reprendre le contrôle du monde du Dessous, trouver une Dounia digne d'une 4e révolution et en finir une bonne fois pour toutes avec les faux-plaisirs anesthésiant du régime de Kao.
- Ça va, lapin? dit Olivia.
- Ça va, ça va.
Boris dépose Olivia sur le rebord. Il sort une couverture de son vieux sac d'armée, l'enroule autour de la fillette.
- Le bunker est tout près. Faut faire vite, avant que t'attrapes la crève.
Il la tire par la main. Elle rouspète, geigne un peu. Boris l'attrape, la hisse sur ses épaules, jette un regard à sa montre sous sa patte de poil détrempé. Il repère un écrous, le lance à bout de bras pour déterminer la profondeur de champ. L'écho strident leur revient, long et démultiplié. Ils s'enfoncent dans l'égout sans regarder en arrière.
Olivia grelotte; Boris tousse. Une odeur rance de pourriture leur remonte au nez. Les quelques filets de lumière qui se faufilaient entre le grillage de l'égout ne suffisent plus pour s'orienter dans la noirceur. Des yeux perçants clignotent ci et là, suivis de couinements, de grattements. Notre lapin sent des prédateurs qui rôdent.
- Attrape mon portable dans la poche de côté, Olivia.
Elle tâte.
- Brosse à dent, Gau-loi-ses, briquet, corde, pas de portable, mon lapin.
- L'autre poche. Ouvre-le vite! Ça grouille de partout.
Olivia ouvre le clapet du Ericsson TM 506 qu'elle a chipé le mois dernier à un vendeur de rue (une ruse parmi d'autre pour survivre à Kaosopolis où le portable est une denrée rare).
- Ça y est!
Comme des larves agglutinées les une aux autres dans le halo bleuté du portable, une famille de rats approche en sens inverse en crachant vers le lapin et sa gamine. L'écho d'une chute d'eau se mêle à la frayeur.
- On retourne à la caserne!
- C'est trop tard, ma puce. Il faut avancer.
Olivia s'agrippe au longues oreilles de Boris tout en serrant les cuisses autour de son cou.
Boris attrape un vieux roman de S-F ratatiné - Gun with occasional music de Letham - il soupire, fait la grimace et craque une allumette.
Le livre flamboyant pousse les rats dans un cul de sac - le canal se déverse dans le vide.
Boris fait le premier pas. La vermine se jette dans le canal, s'agrippe, remonte de l'autre côté et fait demi-tour.
À gauche de l'embouchure, Boris met la main sur une porte ovale métallique. Il dépose Olivia, insère sa main droite dans une fente; une lueur verte irradie, déchiffre les lignes de sa main. Un déclic sourd se fait entendre et ils pénètrent dans un premier compartiment formant antichambre et fortement défendu par une double porte.
Contre un mur, une pile d'ouvrages politiques et philosophiques grimpe jusqu'au plafond.
- Cette fois, on est dans le trou du lapin? dit Olivia.
- J'ai bien peur que oui.
- Comment on fait pour passer de l'autre côté?
- Il faut ouvrir la porte avec cette clé.
L'index de Boris pointe un objet doré qui dépasse la pile de livres du dessus.
###Pour l'histoire complète de Boris Platine, visitez son blogue ou lisez toute l'histoire sur Kaosopolis.
Libellés :
boris,
Boris Platine,
Charly Wang,
cinéma,
Dounia Summers,
jimmy
dimanche 28 février 2010
Un piège à fauves
Un tintement de clés. Rex pousse la grille. Les cheveux me collent aux tempes, s’immiscent dans ma bouche. Chaleur. Un goût de sel. Le sang pulse aux doigts. Dounia est quelque part, quelques mètres plus bas. Là-haut, Kaosopolis bourdonne, nous a déjà oubliés. Une clameur monte, ils sont plusieurs à scander de vieux trucs révolutionnaires. Rex a été catégorique. Je ne peux pas rester. Funérailles de merde, une odeur rance comme un piège à fauves. Noirceur totale. Rex me pousse sans ménagement. Mes épaules frôlent les parois ruisselantes, arpentent et lisent l’espace, sont mes yeux: ici, des concrétions, là, des béances. Nous trébuchons entre les tôles froissées, entre les bouteilles qui roulent. Des escaliers de mousse. Attention, ça descend et ça tourne. Combien de marches? J’ai perdu le compte. Le froid s’engouffre.
Vif, Rex retire le sac de ma tête. Devant, un couloir irrégulier constitué de niches de terre grossièrement creusées. Dans chaque renfoncement, des corps nus, déséchés. Au bout, une pièce vaguement circulaire où s’agitent une dizaine de silhouettes. Entre elles, Dounia apparaît, luisante comme une poupée de cire. Les lueurs de torches électriques soulignent sa peau tendue de reflets bleus, irréels.
– Eve, je te présente la garde rapprochée de Dounia. Ils vont t’amener ailleurs pour quelques temps. C’est pour ton bien.
Rex frappe fort. Frappe juste. Bruit sourd. Je m’affale. Douleur. La nuque n’encaisse pas, c’est ma tête qui craque. Tout près, un enfant pleure. Les silhouettes se brouillent, tout se dissout.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Vif, Rex retire le sac de ma tête. Devant, un couloir irrégulier constitué de niches de terre grossièrement creusées. Dans chaque renfoncement, des corps nus, déséchés. Au bout, une pièce vaguement circulaire où s’agitent une dizaine de silhouettes. Entre elles, Dounia apparaît, luisante comme une poupée de cire. Les lueurs de torches électriques soulignent sa peau tendue de reflets bleus, irréels.
– Eve, je te présente la garde rapprochée de Dounia. Ils vont t’amener ailleurs pour quelques temps. C’est pour ton bien.
Rex frappe fort. Frappe juste. Bruit sourd. Je m’affale. Douleur. La nuque n’encaisse pas, c’est ma tête qui craque. Tout près, un enfant pleure. Les silhouettes se brouillent, tout se dissout.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
cinéma,
cinéma moon palace,
Eve Attar
mercredi 3 février 2010
Journal de Jimmy Jones, jour 52
17h. je me précipite hors de la C3I pour m'adonner à quelques vices avant d'aller dormir 4-5 heures, juste assez pour être fonctionnel.
à quelques pâtés de maison le dark lolita me nargue pendant qu'au cinema moon palace un énième film de bogart joue en boucle.
je devrais passer rapidement mais l'odeur de pourriture m'attire comme une pute se précipite dans les bras de son mac je dévisage l'enseigne
clignotements cinglants qui m'appellent pour que j'y trinque ma paye, que les filles m'extirpent encore plus de cash, c'est Kaosopolis.
toujours une diversion toujours une partie de jambes frivoles toujours un liquide + ocre + dru + oriental. j'en enfile autant que je le peux
mais à force de m'entraîner à me défaire ainsi je m'endurcis il m'en faut de + en + pour me liquéfier au bar du dark lolita. jeanne me happe
elle veut que je lui paye un verre puis elle me déchirera les tympans en criant mon nom entre deux couinements, me promet-elle à l'oreille.
je connais bien les chambres du dark lolita. la dl-313 est ma préférée. pas de déco pas de meubles seulement un matelas par terre.
j'y viens toujours accompagné car je ne me fie pas au système aléatoire du dark lolita, système basé sur une séquence du cru de @l_ecrivain
j'appuie toujours sur A, donc, et j'y traîne ma traînasse (car c'en est) dans la dl-313 dont la thématique emprunte mon nom: jones-style.
les filles que j'y emmène veulent souvent m'en montrer, me signifier qu'elles sont pro, mais je n'accepte qu'un seul artifice: la perruque bleue.
donc jeanne qui s'effeuille je la regarde distraitement je la filme avec mon iphone je zoome sur le creux de ses reins je la texte en bleu.
je travel entre ses omoplates au-dessus des tissus restants je donne 1 coup de langue sur son lobe d'oreille gauche elle m'empoigne je verge
le iphone sur sa poitrine sa langue humecte mon mamelon droit sa perruque sent le synthétique le iphone se faufile entre ses cuisses
elle rit se levrette se cambre se dénude je m'arc-boute j'Eiffel j'enfile et toujours j'iphone en streaming à l'orée de son hédonisme.
mes vidéos aboutissent souvent en première partie des films de bogart quand rex réussit à me soudoyer. je suis un homme facile. je cède.
rex contrôle la salle de visionnement du cinema moon palace et on se repasse mes kinoïtes en mangeant du pop-corn sec.
ça bat à tout coup l'ennui morne & assuré que me procure mon travail répétitif & dénué d'imagination à la C3I. commis à l'écriture d'état.
heureusement les 3 révolutions m'ont assez ravagé pour que je ne sois pas reconnu peu importe la compagnie qui m'emploie. la célébrité tue.
mais rex savait y faire en terme de remaniement d'épiderme & j'avais été son cobaye lors de ses premières expériences. pour ma sécurité.
les 3 révolutions, boris platine pourrait nous en parler une mèche mais c'était l'entente que nous avions prise. le passé demeurerait enterré
et comme je ne parlais jamais des 3 révolutions malgré qu'on en célébrât l'échec retentissant chaque année je tabassais ma mémoire pour oublier
les femmes m'aident à enrayer ces années d'espoir naïf où l'on croyait pouvoir vaincre les robots de Nanopolis. c'eut été miraculeux.
###
Pour lire toute l'histoire de Jimmy Jones, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
boris,
cinéma,
Dark Lolita,
jimmy,
jimmy jones
Victor-le-Bègue

Quand le sommeil m’échappait, je grimpais sur le toit du Moon. De là, on voyait la découpe incertaine des immeubles crades et des buildings de verre léchés de néons intermittents. Jeu de surfaces. Le toit était tiède, graveleux. Une odeur de bitume. Des roches infimes s’incrustaient sous mes cuisses. En me concentrant, j’arrivais à voir le ciel derrière les fils grésillants et les masses fuyantes du brouillard qui étouffaient la ville. Le sommeil me repoussait chaque jour davantage. Mes réserves de somnifères étaient à sec.
Nouvelle nuit sur le toit. En face, le Dark Lolita absorbe le regard et baigne le quartier d’ombres diffuses. Combien de chambres, combien de gestes répétés ? Et ces souffles courts, ces cris étouffés, on les croirait poussés par les murs, on jurerait voir l’hôtel se soulever au rythme des halètements. Le Dark Lolita. La chambre DL-08. Victor. J’en garde des souvenirs parcellaires. Étrange la mobilité de cette mémoire où les détails ne sont jamais vraiment ce qu’ils sont. Images instables comme autant d’amas déliés.
Victor détestait me voir prendre ces somnifères :
– Dis, p-p-petite, rien pour s-s-soigner tes euh… oublis, ces c-c-comprimés à la c-c-con que tu t’enfiles comme si ta v-v-vie en dépendait.
– Ta gueule Vic.
Victor. Je l’avais immédiatement remarqué. Ses allées et venues entre le Dark Lolita et la laverie, toujours aux mêmes heures. Ses pas nonchalants, un sac rempli de draps souillés balancé sur l’épaule. Il avait l’air largué, aussi largué que moi, ça m’avait plu. Je l’ai suivi.
–A-a-alors petite. C’est t-t-toi que la Summers a pris sous son aile ? Ça p-parle de toi dans le quartier. T’étais dans un sale état quand ils t-t’ont r-retrouvée. Ça doit bien faire deux mois maintenant… Un entrepôt désaffecté près du p-p-port. Tu as eu de la chance… C’est v-v-rai que tu as tout oublié ? Ta vie d’avant, je v-veux dire…
Une longue cicatrice traçait un méridien incertain sur son front. Le genre de cicatrice qu’on imaginerait mieux sur les lobotomisés d’un autre siècle que sur le visage laiteux d’un jeune bègue timide. Enfin. Les semaines avaient passé. Victor nettoyait les chambres du Dark Lolita et j’allais le rejoindre aux petites heures du matin, porte DL-08. Une chambre quelconque travestie en salle de cinéma miniature. Trois écrans blancs, un lit circulaire dont la base évoquait une bobine de film géante. Un simple bouton permettait de faire tourner le machin à vitesses variables. Ça l’amusait. J’avais bien essayé quelques caresses maladroites mais il semblait ne pas comprendre. Un enfant dans un corps de gaillard. Les yeux brillants, il me montrait son butin : ramassis de slips et de soutifs abandonnés dans les chambres, parfois un bijou de pacotille qu’il m’offrait, fier et satisfait, quelques paquets de clopes entamés, des fonds de bouteille, des pilules, des comprimés qu’on se partageais selon les couleurs : les rouges et les rose pour moi. Les blancs et bleus pour lui.
Pour les bicolores, on tirais à pile ou face. Il gagnait toujours.
Une autre nuit sur le toit. Pas sommeil. En face, le Dark Lolita s’impatiente dans l’attente de ses habituels clients. La chambre DL-08 est désormais libre. Victor n’y est plus, n’a laissé aucune trace. Disparu, volatilisé le même jour que Dounia.
Mes réserves de somnifères sont à sec. Le toit est chaud et la nuit est moite. Au-dessus de ma tête, les fils électriques grésillent comme une mémoire qui cherche son chemin.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
cinéma,
cinéma moon palace,
Dark Lolita
mercredi 27 janvier 2010
Le silence des mouches

D’abord un malaise, un inconfort. Puis une sourde évidence : quelque chose ne va pas. Ou plutôt les choses ne se produisent pas comme elles devraient se produire. Le bon sens voudrait qu’à ce moment précis, dans cette pièce, le corps de Dounia frétille de mouches pondeuses, pourrisse dans un festin de larves, s’évanouisse sous des escouades de diptères agrippés à ses moindres orifices, se décline en cinq services pour une horde de convives nécrophages.
Quatre jours depuis son assassinat.
Et pourtant, le corps inerte de Dounia est là, ferme, imputrescible, ses chairs desséchées lui donnent une texture de papier froissé. Un papier froissé... cette page arrachée du Journal de Jimmy Jones. Entre mes doigts, je lis:
(…) La toile représente une femme (ou un homme?), vu de dos des pieds aux épaules, allongé sur un tapis angora; son corps traverse la toile par la diagonale sud-ouest nord-est, le galbe de ces fesses ne permet pas de déterminer l'âge du modèle.
Ce tableau dont parle Jones, je crois me rappeler… un tableau dans un sale état, le cadre rongé par les rats, un foutu vieux tableau, une lacération sur le galbe des fesses. Putain de mémoire à deux balles, où est-ce que j’ai vu cette connerie de tableau?
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
cinéma,
cinéma moon palace,
jimmy
samedi 23 janvier 2010
Le Baiser
Me laver. Heureusement la douche fonctionne encore et je peux me la faire gicler en plein visage pour tenter d'enligner mes pensées. Il faut penser vite, me décrasser, défaire les noeuds dans ma chevelure-spaghetti de gueuse (allez estime-toi bordel tu n'as rien d'une traînée!), me toucher aussi, on ne me touche plus, c'est lamentable.
Ce qui reste de savon: un truc brunâtre que quelques cafards s'arrachent; je laisse l'eau couler sur mon dos, au creux de mes reins et je laisse les bestioles à leur collation. J'ai en tête l'air hébété de Dounia, cette voix de baryton qui résonne en arrière-pensée (ce rire gras), puis je me rappelle un détail, insignifiant peut-être.
J'arrête la douche et je me précipite, nue, vers Dounia.
Ses viscères s'étalent en périphérie de son ventre, un sang bourgogne, presque noir, s'en déverse, et se répand à vitesse réduite et stable de part et d'autre de la victime gisante. Il lui reste, semble-t-il, un dernier souffle: «... le...».
Je me précipite à ses lèvres que j'embrasse pour leur donner une extension de vie; elle se ravive, ses yeux s'illuminent comme ceux d'un loup s'écarquillent alors qu'un véhicule utilitaire sport s'apprête à le happer.
«... le... jour...»
Ses yeux se figent, ce qui annonce son départ définitif.
Je commence à avoir froid. J'arrive trop tard.
Je détourne les yeux de son visage après avoir fermé ses paupières, mon regard se dirige vers son opulente poitrine qui montre quelques repousses de poils ici et là. Dans le soutien-gorge en dentelle noir de Doumia, quelque chose m'alerte. Un bout de page déchirée.
J'y lis Journal de Jimmy Jones, jour 2.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Ce qui reste de savon: un truc brunâtre que quelques cafards s'arrachent; je laisse l'eau couler sur mon dos, au creux de mes reins et je laisse les bestioles à leur collation. J'ai en tête l'air hébété de Dounia, cette voix de baryton qui résonne en arrière-pensée (ce rire gras), puis je me rappelle un détail, insignifiant peut-être.
J'arrête la douche et je me précipite, nue, vers Dounia.
Ses viscères s'étalent en périphérie de son ventre, un sang bourgogne, presque noir, s'en déverse, et se répand à vitesse réduite et stable de part et d'autre de la victime gisante. Il lui reste, semble-t-il, un dernier souffle: «... le...».
Je me précipite à ses lèvres que j'embrasse pour leur donner une extension de vie; elle se ravive, ses yeux s'illuminent comme ceux d'un loup s'écarquillent alors qu'un véhicule utilitaire sport s'apprête à le happer.
«... le... jour...»
Ses yeux se figent, ce qui annonce son départ définitif.
Je commence à avoir froid. J'arrive trop tard.
Je détourne les yeux de son visage après avoir fermé ses paupières, mon regard se dirige vers son opulente poitrine qui montre quelques repousses de poils ici et là. Dans le soutien-gorge en dentelle noir de Doumia, quelque chose m'alerte. Un bout de page déchirée.
J'y lis Journal de Jimmy Jones, jour 2.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
cinéma,
cinéma moon palace,
jimmy
samedi 16 janvier 2010
Visite guidée du Nid
Le Nid, c’était la planque de Dounia. Une planque style chambre de bonne dissimulée sous les toits du Moon.
50 mètres carré. On n’y accède que par le monte-charge, que tous croient d’ailleurs condamné depuis l’incident qui laissa, en 1979, Gigi, la fille de l’ancêtre, sans jambes. Fatalité difficile à accepter pour une gamine déjà atteinte de nanisme et d’une forme rare d’excroissance labiale. Elle tiendrait désormais une maison close à N.D Lay, avec son mari, un pied-bot bègue et tyrannique.
Le Nid, une garçonnière fantôme au cœur d’un cinéma anonyme. Un véritable blanc de mémoire architectural. INVENTAIRE : Une table boiteuse, une chaise, un frigo, un lit défait. Des amas de robes insolentes, carnavalesques, léchant des fatras de boas, de sacs en faux croco et de lunettes dépareillées. Sur le sol, des perruques. Partout. Une colonie de méduses blondes, brunes, ambrées et noires avachies aux quatre coins de la pièce.
Punaisé au mur, des dizaines de photos : quelques habitués du Moon, des chats errants, des nus sous-exposés, des autoportraits flous et… une masse informe, une sorte de lapin squelettique avec, à ses pieds, une gamine. Sous tous les angles ces deux-là. Les photos semblent avoir été prises de l’unique fenêtre du Nid, dans la salle de bain. La salle de bain… me laver, trouver un truc à porter dans ce foutoir et après, m’occuper du paquet.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
50 mètres carré. On n’y accède que par le monte-charge, que tous croient d’ailleurs condamné depuis l’incident qui laissa, en 1979, Gigi, la fille de l’ancêtre, sans jambes. Fatalité difficile à accepter pour une gamine déjà atteinte de nanisme et d’une forme rare d’excroissance labiale. Elle tiendrait désormais une maison close à N.D Lay, avec son mari, un pied-bot bègue et tyrannique.
Le Nid, une garçonnière fantôme au cœur d’un cinéma anonyme. Un véritable blanc de mémoire architectural. INVENTAIRE : Une table boiteuse, une chaise, un frigo, un lit défait. Des amas de robes insolentes, carnavalesques, léchant des fatras de boas, de sacs en faux croco et de lunettes dépareillées. Sur le sol, des perruques. Partout. Une colonie de méduses blondes, brunes, ambrées et noires avachies aux quatre coins de la pièce.
Punaisé au mur, des dizaines de photos : quelques habitués du Moon, des chats errants, des nus sous-exposés, des autoportraits flous et… une masse informe, une sorte de lapin squelettique avec, à ses pieds, une gamine. Sous tous les angles ces deux-là. Les photos semblent avoir été prises de l’unique fenêtre du Nid, dans la salle de bain. La salle de bain… me laver, trouver un truc à porter dans ce foutoir et après, m’occuper du paquet.
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la directement sur Kaosopolis.
Libellés :
boris,
cinéma,
cinéma moon palace
jeudi 14 janvier 2010
Mort d'un travelo
Dounia Summers c’est le marabout de la bande. On dit d’elle qu’elle lit l’avenir dans les draps souillés de ses amants. Quinquagénaire suave et démesurée, seule sa pomme d’Adam trahi sa façade laquée d’hystérique platine. Dounia Summers. C’est elle qui m’a ramassée la première fois, nue et hagarde dans une benne à ordures derrière le Moon. Dounia et ses potions infectes, et ses gris-gris improbables. Dounia. Une des rares personnes dont je me souvienne et qui résiste à l’effacement sporadique de ma mémoire.
5h15. W.C. des dames. Dans l’embrasure de la porte, elle tient son ventre. Un sang lourd et poisseux danse sur sa robe à paillettes. Elle ne s’est pas rasée depuis des jours, des poils drus encadrent cà et là sa bouche trop rouge, hérissent ses joues creuses. « Ils m’ont ouvert, les salauds ils m’ont ouvert ». Elle s’affale sur la moquette, mon lit depuis maintenant trois jours. « Ne dors plus iccc…ici… trop danger… Le Nid…. prends mon… installe-toi au Nid….Attends,attttends ceux du terrier, ils sauront quoi… Le feu, c’est toi, c’est TOI qui… le terrier, le feu, le feeu le ffff… »
Une voix derrière moi : «Ta main, dans son ventre, cherche dans le ventre de l'homme-femelle, VITE!»
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la toute sur Kaosopolis.
5h15. W.C. des dames. Dans l’embrasure de la porte, elle tient son ventre. Un sang lourd et poisseux danse sur sa robe à paillettes. Elle ne s’est pas rasée depuis des jours, des poils drus encadrent cà et là sa bouche trop rouge, hérissent ses joues creuses. « Ils m’ont ouvert, les salauds ils m’ont ouvert ». Elle s’affale sur la moquette, mon lit depuis maintenant trois jours. « Ne dors plus iccc…ici… trop danger… Le Nid…. prends mon… installe-toi au Nid….Attends,attttends ceux du terrier, ils sauront quoi… Le feu, c’est toi, c’est TOI qui… le terrier, le feu, le feeu le ffff… »
Une voix derrière moi : «Ta main, dans son ventre, cherche dans le ventre de l'homme-femelle, VITE!»
###
Pour lire toute l'histoire de Cinéma Moon Palace, visitez son blog ou lisez-la toute sur Kaosopolis.
Libellés :
cinéma,
cinéma moon palace,
Dounia Summers
mardi 12 janvier 2010
Le Cinéma Moon
Le cinéma Moon faisait partie du quartier peu fréquentable qu'est le Carré aux loups. L'origine étrange de son nom se perd dans la nuit, les dédales somptueux de ses ruelles l'illuminant pauvrement. Au début du XXe siècle, des attaques supposément lycanthropes avaient provoqué un exode vers des quartiers jugés plus sain comme l'Inside City (que les Américains ont tôt fait de saccager).
C'est là, au cinéma Moon, que je regardais des vieux films de Bogart pour oublier le sort de ma famille, anéantie par Sam Fox. Heureusement, Rex s'assurait de garder le flot de mes boissons à taux régulier, ce qui m'empêchait de sombrer dans une vacuité d'esprit et de moeurs légères.
C'est là que j'aurais pu rencontré cette jeune dame.
###
Pour l'histoire complète de Jimmy Jones, visitez son blogue ou lisez toute l'histoire sur Kaosopolis.
C'est là, au cinéma Moon, que je regardais des vieux films de Bogart pour oublier le sort de ma famille, anéantie par Sam Fox. Heureusement, Rex s'assurait de garder le flot de mes boissons à taux régulier, ce qui m'empêchait de sombrer dans une vacuité d'esprit et de moeurs légères.
C'est là que j'aurais pu rencontré cette jeune dame.
###
Pour l'histoire complète de Jimmy Jones, visitez son blogue ou lisez toute l'histoire sur Kaosopolis.
S'abonner à :
Messages (Atom)
