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dimanche 27 novembre 2011

Passer au chinois

J'étais remonté. La visite de ce p'tit inspecteur de mes deux m'avait mis les nerfs en pelote. Lui et ses gars me filaient le train depuis plusieurs mois et j'dois dire que ça me faisait marrer. La flicaille n'a jamais su être discrète et on ne la fait pas à Eddie Hant. Mais oser me déranger chez moi, là il avait dépassé les bornes. Qu'est-ce qu'il croyait ce petit con ? Que j'allais le rancarder sur l'assassin de Laura ? Nom de Dieu, j'savais même pas qui l'avait butée cette pute. En tout cas, un enfant de salaud s'en prenait à mes filles et fallait remédier à ça. Il y avait un type qui trainait avec ce gars qui s'était entiché de Laura. Un chinois. Charly Wang. J'avais entendu de drôles de choses à son sujet. Alors j'ai appelé un pote à qui j'avais rendu un service dans le temps.

- Salut la Carlingue, c'est le moment de rembourser ta dette.


Pour lire toute l'histoire de Café Négro, visitez son blog ou lisez-la directement surKaosopolis.

samedi 5 février 2011

Hommage à Zavack

Nicolas Ardberg rasait les murs de l’Inside City. Il portait la barbe longue depuis cinq mois déjà mais préférait garder son crâne dégarni: il le rasait tous les matins.
Ardberg devait passer au Cinéma Moon Palace, question de régler ses comptes avec Dounia. Il ne savait pas qu’elle pissait le sang depuis longtemps, qu’elle hantait tour à tour les projectionnistes qui tentaient d’y exercer leur métier, si on puis encore qualifier cette perte de temps ainsi.
C’est Jimmy Jones qui lui avait passé un coup de fil.
– Osti de chien sale, amène ton cul au QG, Wang te cherche, dit Jones.
– Qui? répond Ardberg.
Jones raccrocha avant qu’Ardberg n’obtienne de réponse.
Jones l’avait déjà convoqué dans des endroits glauques où plus personne ne voulait aller. Seul un taré comme Ardberg l’écoutait encore.
Ardberg, dont les vêtements n’étaient que loques depuis la révolution des perruques bleues, savait un peu ce qu’il allait faire en rendant visite à Dounia: il la sodomiserait avec une bouteille de Jack Daniels. Pour le reste, il improviserait.
Il fut surpris de ne trouver personne au cinéma. Seul un lapin en peluche traînait en bas de l’escalier qui menait à la première salle, là où les films de Bogart jouaient en boucle. Avant de poursuivre, il attrapa une barre de fer crochue, barre qui devait permettre au commis de la billetterie de bien verrouiller la porte avant de quitter. Visiblement, ce soir, le commis s’en battait les couilles.
Ardberg écorchait les murs avec la barre, produisant de belles étincelles, ce qui lui fit penser à la foire ambulante qui s’arrêtait dans son village, Kaosopolis-Sud, durant l’été. Le cri continue qui en résultait se répercutait entre les murs du couloir, lequel menait au sous-sol.
Dans l’obscurité, Ardberg ne sut pas reconnaître les traces de sang qui arpentaient le sol. Il crut simplement à un dégât quelconque. Plus il s’enfonçait dans l’obscurité, plus il sentait une présence étrange, mais familière. Le point de fuite du corridor ne lui offrait rien de reconnaissable, seulement des ombres grises sur un fond noir.
Puis, il réussit à déceler une forme qui semblait accroupie, à califourchon. Au grincement de la barre de fer s’ajoutait un certain grognement, un grognement distant et lourd que seule une ouïe aiguisée savait entendre. La forme qu’Ardberg voyait au loin se précisait. C’était un homme, ou une femme. Ses vêtements étaient clairs. Plus il s’approchait, plus ses vêtements semblaient pâles, sans éclat.
Le grognement si faible grossissait en intensité. Il semblait maintenant que la silhouette n’était pas seule. Ardberg voyait les jambes d’une autre personne, la silhouette étant accroupie entre ces jambes. Ardberg ralentit et tenta de percer l’obscurité mais n’y parvint pas. Puis, il se mit en angle, à quarante-cinq degrés, pour mieux voir cette deuxième silhouette. De par sa poitrine généreuse, Ardberg déduisit qu’il s’agissait d’une femme.
Arrivé à moins de dix mètres, la scène était plus claire. Un homme était accroupie entre les jambes d’une femme et émettait des râles à mi-chemin entre le rut et l’effort sportif. Ardberg, dont la curiosité n’avait d’égal que son goût naturel pour le sordide, s’approcha sans faire de bruit pour mieux apprécier cette scène. Mais ce qu’il vit par la suite le surpris, puis le dégoûta. L’homme fouillait le ventre de la femme avec sa bouche. Il regarda Ardberg, la bouche ensanglantée, ses yeux bridés étaient révulsés vers l’intérieur de son crâne. Il souriait.
C’était Wang.
La femme, qui n’en était pas une, souriait aussi, les yeux grands ouverts, fixes, et dit à Ardberg. «Viens».
C’était Dounia.

vendredi 14 mai 2010

9. Le bunker

Pendant que la Reine nègre rage sur un divan pourri derrière le grand écran du Moon Palace, Olivia cherche à transpercer le paroi de la piscine avec son canif suisse. Transie jusqu'au bout des doigts, elle sent une pression sous ses aisselles et du même coup, son corps s'élève, elle voit ses pieds émerger de l'eau. Elle se secoue, relève la tête.

Boris la tient à bout de bras, l'air maussade.

- Je t'avais dit que c'était glissant.
- Faisait trop noir. J'ai pas vu la marche.
- Faut faire plus attention. Une chance que j'avais installé la piscine.

La piscine en plastique tient en équilibre sur deux bordures de ciment parallèles assez larges pour une personne. Dessous s'écoule un filet d'eau brumeuse qui serpente dans un canal où s'entassent les décombres de la 3e révolution.

Que sont devenus mes amis mercenaires, les vieux potes de l'inside city: Jimmy Jones, le paperback-poète et Charly Wang, représentant du premier arrondissement de N de Lay? À quoi rime cette mascarade? Pourquoi jouer la carte des civilisés? Il faut se replier, combattre, descendre dans les égouts, reprendre le contrôle du monde du Dessous, trouver une Dounia digne d'une 4e révolution et en finir une bonne fois pour toutes avec les faux-plaisirs anesthésiant du régime de Kao.

- Ça va, lapin? dit Olivia.
- Ça va, ça va.

Boris dépose Olivia sur le rebord. Il sort une couverture de son vieux sac d'armée, l'enroule autour de la fillette.

- Le bunker est tout près. Faut faire vite, avant que t'attrapes la crève.

Il la tire par la main. Elle rouspète, geigne un peu. Boris l'attrape, la hisse sur ses épaules, jette un regard à sa montre sous sa patte de poil détrempé. Il repère un écrous, le lance à bout de bras pour déterminer la profondeur de champ. L'écho strident leur revient, long et démultiplié. Ils s'enfoncent dans l'égout sans regarder en arrière.

Olivia grelotte; Boris tousse. Une odeur rance de pourriture leur remonte au nez. Les quelques filets de lumière qui se faufilaient entre le grillage de l'égout ne suffisent plus pour s'orienter dans la noirceur. Des yeux perçants clignotent ci et là, suivis de couinements, de grattements. Notre lapin sent des prédateurs qui rôdent.

- Attrape mon portable dans la poche de côté, Olivia.

Elle tâte.

- Brosse à dent, Gau-loi-ses, briquet, corde, pas de portable, mon lapin.
- L'autre poche. Ouvre-le vite! Ça grouille de partout.

Olivia ouvre le clapet du Ericsson TM 506 qu'elle a chipé le mois dernier à un vendeur de rue (une ruse parmi d'autre pour survivre à Kaosopolis où le portable est une denrée rare).

- Ça y est!

Comme des larves agglutinées les une aux autres dans le halo bleuté du portable, une famille de rats approche en sens inverse en crachant vers le lapin et sa gamine. L'écho d'une chute d'eau se mêle à la frayeur.

- On retourne à la caserne!
- C'est trop tard, ma puce. Il faut avancer.

Olivia s'agrippe au longues oreilles de Boris tout en serrant les cuisses autour de son cou.
Boris attrape un vieux roman de S-F ratatiné - Gun with occasional music de Letham - il soupire, fait la grimace et craque une allumette.

Le livre flamboyant pousse les rats dans un cul de sac - le canal se déverse dans le vide.
Boris fait le premier pas. La vermine se jette dans le canal, s'agrippe, remonte de l'autre côté et fait demi-tour.

À gauche de l'embouchure, Boris met la main sur une porte ovale métallique. Il dépose Olivia, insère sa main droite dans une fente; une lueur verte irradie, déchiffre les lignes de sa main. Un déclic sourd se fait entendre et ils pénètrent dans un premier compartiment formant antichambre et fortement défendu par une double porte.

Contre un mur, une pile d'ouvrages politiques et philosophiques grimpe jusqu'au plafond.

- Cette fois, on est dans le trou du lapin? dit Olivia.
- J'ai bien peur que oui.
- Comment on fait pour passer de l'autre côté?
- Il faut ouvrir la porte avec cette clé.

L'index de Boris pointe un objet doré qui dépasse la pile de livres du dessus.


###Pour l'histoire complète de Boris Platine, visitez son blogue ou lisez toute l'histoire sur Kaosopolis.

lundi 22 février 2010

His name is Wang

Ce matin, Charly Wang m'a demandé si j'avais terminé mon travail. J'ai eu comme un instant d'hésitation. Il a ajouté avec un sourire:

— Celui pour le département de cryptographie bien sûr.

Je me doutais un peu qu'il était au courant. Un type qui passe ses après-midis à photographier les murs se remarque rapidement dans le quartier. Le patron du White Swan prend la chose avec bonhomie :

— Voyez-vous, mon ami, contrairement à ce que certains veulent faire croire, je ne veux pas étouffer, comme vous dites chez vous, la liberté d'expression.

Il a prononcé ces derniers mots en français, avec une emphase ironique, pas mécontent de montrer sa connaissance de la culture de mon pays et de son arrogance si souvent moquée de ce coté-ci de la planète. Le chinois est de ce point de vue bien intégré dans le paysage. Il a continué :

— Non. Simplement, je veux que chacun ici, se promenant dans son quartier, puisse s'y sentir fier d'y habiter, que nous ne soyons plus considérés par la municipalité comme des citoyens de seconde zone. Pour cela, nous ne devons pas nous comporter comme des citoyens de seconde zone. Nous devons nous tenir debout.

Il a balancé son boniment sans ciller. Je n'ai pas moufeté. Laisse tomber la neige, dit le sage en remontant son col. Je ne suis pas porté sur la controverse. J'espère seulement qu'un jour, la vie ne me fera pas payer ma lâcheté. Pour le moment, je serre les dents et je rase les murs à la recherche d'un coin d'ombre.

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Lire l'intégralité de l'histoire sur N.D.Lay ou sur le blogue Ma vie à N.D.Lay (journal de l'Ecrivain)

dimanche 17 janvier 2010

Le représentant

Charly Wang a été officiellement élu représentant du premier arrondissement de N.D.Lay. Depuis, on le voit quadriller régulièrement l'Inside City, à bord de son vieux Ford pick up, accompagné de son associé Jimmy Jones .
Il y a une semaine, le propriétaire du White Swan a débarqué dans la vieille batisse en brique rouge de l'International Spy Foudation. Il m'a tendu sa carte et l'autorisation ad hoc.
J'ai eu un instant d'hésitation :

- Je vous croyais en froid avec Staboulov
- Ma misérable personne n'a que peu d'importance, voyez-vous. J'ai un grand projet pour mon quartier.

Il m'a demandé les clés du département "regards sur le monde". Une plaisanterie du grand manitou pour désigner la caverne d'Ali Baba pour qui voulait mater son prochain en toute impunité. Je n'ai pu m'empêcher de faire mon intéressant.

- Je vous croyais contre la videosurveillance ?
- Je vous croyais hôtesse d'accueil, m'a-t-il répondu en souriant.
Une chose est sûre, il est plus proche de Staboulov qu'il n'y parait. Cette idée ne me plait guère..

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Lire l'intégralité de l'histoire en cliquant sur N.D.Lay ou sur le blog Ma vie à N.D.Lay (journal de l'Ecrivain)

mercredi 23 décembre 2009

Un poème

Hier soir, j'ai posé quelques questions à Charly Wang sur son associé Jimmy Jones. Le propriétaire du White Swan a souri et a murmuré qu'on y était, puisqu'on y tenait, qu'il allait nous montrer quelque chose.
Et il a quitté le bar de l'hôtel. Et j'en ai profité pour me resservir un verre de rhum, un Havana Club quinze ans d'âge qu'il avait ouvert pour l'occasion. Charly Wang sait s'adapter à ses invités. Ses relations d'affaires peuvent savourer le meilleur bourbon de N.D.Lay et il arrose ses repas avec ses amis de Little China d'un baijiu réservé dans leur pays d'origine , aux cadres du parti. Je n'ai jamais su ce qu'il préférait réellement.
Il est revenu quelques minutes plus tard avec un vieux numéro de Poetry: "Saviez-vous que ce monsieur Jones fut jadis un jeune poète prometteur."

J'ai pris la revue. Le poème de Jimmy Jones était bien dans la veine de cette école de N.D.Lay, fortement imprégné de substances de synthèse de toutes sortes. Il s'intitulait :
Et
les enfants se ruaient sur ses plaies heureuses ouvrez grand vos bouches mères malheureuses.
"Ce Jimmy Jones est décidément très surprenant" que me dit Charly Wang. Là, pour la première, j'ai lu dans ses yeux , lui toujours si clairvoyant, quelque chose qui ressemblait à de la perplexité.

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dimanche 20 décembre 2009

La photo

Pourquoi suis-je venu ici, m'enterrer en plein coeur de l'Inside City ? Charly Wang m'a posé la question un jour. La réponse ne l'a pas convaincu. Peu de gens dans cette ville connaissent le grand Rimasky et mon hôte ne fait pas exception à la règle, lui si friand de romans d'édification et de poésie lyrique. D'ailleurs les pas du grand écrivain auraient dû me conduire plus au sud, du côté de la Southwestern avenue et du quartier portuaire de San Pedro. Pourquoi suis-je venu ici, m'enterrer en plein coeur de l'Inside City ? Je ne le sais sans doute pas moi-même. Ange Staboulov , le directeur de l'International Spy Museum , lui, le sait. Ce matin,il m'a convoqué dans son bureau et m'a montré une photo sous verre, qu'il manipulait avec précaution. On y voyait le grand Rimasky debout à côté d'un autre homme , plus jeune, vêtu d'un long cache poussière, portant moustache et lunettes noires. Joe Ghidetti, le barman du Soho, au temps de sa splendeur. Je connaissais cette photo comme tous les amateurs du Maître de N.D.Lay mais je n'avais jamais vu l'original . Est-ce cela ou un effet de l'éclairage mais je crus reconnaitre sous les postiches du barman, le visage familier de Jimmy Jones, le fidèle partenaire de Charly Wang.

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mercredi 16 décembre 2009

L'élection

L'Inside city est un quartier de côté. Charly Wang cherche à y fédérer les énergies. C'est écrit dans son programme pour l'élection des représentants au comité d'arrondissement.

Depuis plusieurs mois il sillonne les ilots délabrés de Main Street et d'Illegal Boulevard.

La population de l'Inside est presque exclusivement composée de petits blancs à l'accent cockney et de latinos férus d'informatique. Elle se méfie de ce chinois que chacun soupçonne d'être un espion à la solde de Pékin.

Le propriétaire du White Swan accueille cette accusation avec un léger sourire. Tous mes compatriotes ont été un jour ou l'autre collaborateurs du Guoanbu. C'est ce qu'il répond.

Jimmy Jones l'accompagne dans tous ses déplacements. Personne ne connait vraiment son rôle dans cette histoire et personne d'ailleurs ne semble s'en soucier. Quant à moi, je suis l'étranger de service. Cette position me va comme un gant.

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jeudi 10 décembre 2009

Jimmy Jones

L'Inside City est un quartier à faire. Un no man's land avec un "fort potentiel de développement" comme le dit Charly Wang. Lui-même s'y emploie. Avec une de ses relations , un certain Jimmy Jones, il a ouvert une alimentation spécialisée dans le tout venant. Pour ma part, je m'y approvisionne en boisson gazeuse et en chocolat noir. Pour le reste, je cantine à l'International Spy Foundation. J'y suis gardien de nuit.

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mercredi 9 décembre 2009

Le White Swan

Wang kar-li est le patron du White Swan mais de l'Inside City à Little China, tout le monde l'appelle Charly Wang. Le White Swan semble être pour lui une activité secondaire. Le vois souvent dans le hall de l'hôtel en grande discussion avec des "relations d'affaires". C'est l'expression qu'il utilise. Il dit ça, comme un enfant pris en faute qui cherche à se justifier.

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